Pour démarrer, la micro-entreprise reste le réflexe : zéro frais, gestion légère, cotisations sur le chiffre d'affaires. Mais elle devient pénalisante dès que vos frais réels grimpent, parce que vous cotisez sur tout, carburant compris. À mesure que votre activité se stabilise, l'EI au réel, l'EURL puis la SASU deviennent pertinentes, chacune avec un compromis différent entre charges sociales et protection. Il n'y a pas de meilleur statut dans l'absolu, seulement celui qui colle à votre niveau de revenus.
C’est probablement la première vraie question administrative qu’on se pose en se lançant comme chauffeur VTC, et celle qu’on remet à plus tard une fois lancé. Pourtant le statut juridique détermine ce que vous payez en cotisations, ce que vous récupérez à la retraite, et combien il vous reste vraiment à la fin du mois. Voici comment trancher, sans copier-coller la réponse du voisin.
Les quatre statuts qui ont du sens pour un VTC
En pratique, un chauffeur indépendant choisit entre quatre structures. Le point commun : vous êtes seul (du moins au départ), donc les formes à plusieurs associés ne nous intéressent pas ici.
La micro-entreprise (ce qu’on appelle encore “auto-entrepreneur”) est une entreprise individuelle placée sous un régime fiscal et social simplifié. Vous déclarez votre chiffre d’affaires, vous payez un pourcentage fixe dessus, point. Pas de bilan, pas de comptable obligatoire.
L’entreprise individuelle au régime réel repose sur la même structure juridique, mais sans le régime micro. La grande différence : vous déduisez vos frais professionnels réels avant de calculer impôt et cotisations. Depuis la réforme du 15 mai 2022, l’EI bénéficie d’une séparation automatique entre patrimoine personnel et professionnel, votre logement n’est en principe plus engagé par défaut.
L’EURL est une SARL à associé unique. C’est une société, donc une personne morale distincte de vous. Le gérant associé unique est travailleur non salarié (TNS), et vous choisissez votre régime d’imposition : impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés.
La SASU est une SAS à associé unique. Le président est assimilé-salarié : il relève du régime général de la Sécurité sociale, avec une meilleure couverture mais des cotisations nettement plus lourdes. La SASU est toujours à l’impôt sur les sociétés (avec une option IR possible et temporaire).
Le vrai clivage : sur quoi vous cotisez
Avant de comparer des taux, il faut comprendre la base de calcul, parce que c’est là que tout se joue pour un VTC.
En micro-entreprise, vos cotisations sociales se calculent sur le chiffre d’affaires encaissé, pas sur ce qu’il vous reste. L’activité VTC relève des prestations de services commerciales (catégorie BIC). Le taux de cotisations sociales pour cette catégorie est de 21,2 % du chiffre d’affaires. Concrètement : pour 1 000 € encaissés, vous versez environ 212 € de cotisations, que vous ayez fait le plein dix fois dans le mois ou pas du tout.
À noter : ne confondez pas avec le taux de 25,6 % applicable depuis 2026 aux « autres prestations de services » (professions libérales relevant des BNC). Le VTC, lui, est une prestation de services commerciale et reste à 21,2 %. La répartition interne du taux global évolue au 1er janvier 2026 (davantage de cotisations ouvrant des droits, moins de CSG-CRDS), mais le taux que vous payez reste 21,2 %. Vérifiez toujours sur l’URSSAF avant vos calculs.
Dans les trois autres statuts, vous cotisez sur votre bénéfice réel (EI au réel, EURL) ou sur votre rémunération (SASU). Vos frais, carburant, assurance flotte, entretien, loyer du véhicule, commissions de plateforme, sont déduits avant. Pour une activité comme le VTC, où les frais peuvent représenter 30 à 50 % du chiffre d’affaires, cette nuance change tout.
TNS ou assimilé-salarié : combien et pour quoi
Le régime social du dirigeant est le second grand critère.
En EI au réel et en EURL, vous êtes travailleur non salarié. Les cotisations TNS représentent grosso modo 35 à 45 % du bénéfice, selon son montant. La couverture est correcte mais moins généreuse qu’un salarié : retraite plus modeste, indemnités journalières limitées, pas d’assurance chômage.
En SASU, le président est assimilé-salarié. Les charges sociales (parts patronale et salariale cumulées) tournent autour de 70 à 80 % du salaire net versé, donc beaucoup plus élevées. En échange, vous avez la couverture du régime général : assurance maladie complète, retraite de base et complémentaire alignées sur le statut cadre. Attention au piège classique : si le président ne se verse aucune rémunération, il ne cotise pas et n’a donc aucune protection sociale au titre de la SASU.
Dans aucun de ces statuts vous n’avez droit à l’assurance chômage en tant que dirigeant. C’est une idée reçue tenace, y compris pour la SASU.
Imposition : IR, IS, et le levier des dividendes
La micro-entreprise et l’EI au réel relèvent par défaut de l’impôt sur le revenu : le bénéfice s’ajoute à vos autres revenus et suit le barème progressif. En micro, vous pouvez opter pour le versement libératoire (1,7 % du chiffre d’affaires pour les prestations de services BIC) si votre revenu fiscal de référence le permet, l’impôt est alors prélevé en même temps que les cotisations.
L’EURL et la SASU ouvrent l’accès à l’impôt sur les sociétés. Le taux réduit est de 15 % sur les bénéfices jusqu’à 42 500 €, puis 25 % au-delà (sous conditions : chiffre d’affaires inférieur à 10 M€ et capital détenu à 75 % au moins par des personnes physiques). Pour un bénéfice élevé, ce taux est souvent plus doux que les tranches hautes du barème de l’IR.
L’IS permet aussi de jouer sur la répartition rémunération / dividendes. En SASU, les dividendes ne supportent pas de cotisations sociales (seulement les prélèvements sociaux et l’impôt, via la flat tax de 30 % en général). En EURL à l’IS, une partie des dividendes est en revanche soumise à cotisations TNS. Ce montage rémunération modeste + dividendes est le grand argument de la SASU, mais il ne devient intéressant qu’à un certain niveau de bénéfice, une fois absorbés les frais de comptable et de fonctionnement de la société.
Le plafond de la micro-entreprise
C’est la limite qui force tôt ou tard à changer. Pour les prestations de services, le seuil du régime micro est fixé à 83 600 € de chiffre d’affaires pour la période 2026 à 2028 (il était de 77 700 € jusqu’en 2025).
Un dépassement sur une seule année ne fait pas perdre le régime. C’est le dépassement deux années civiles consécutives qui vous bascule automatiquement au régime réel l’année suivante. Attention, ce seuil ne doit pas être confondu avec celui de la franchise en base de TVA, plus bas, au-delà duquel vous devez facturer la TVA tout en restant micro-entrepreneur.
Important : le plafond se raisonne en chiffre d’affaires, pas en bénéfice. Un VTC à 80 000 € de CA avec 35 000 € de frais reste sous le plafond, mais cotise sur les 80 000 € en micro. C’est exactement le cas où le régime réel devient rentable bien avant le plafond.
Le tableau, pour fixer les idées
| Critère | Micro-entreprise | EI au réel | EURL | SASU |
|---|---|---|---|---|
| Nature | Entreprise individuelle | Entreprise individuelle | Société (1 associé) | Société (1 associé) |
| Base des cotisations | CA encaissé | Bénéfice | Bénéfice | Rémunération versée |
| Régime social | TNS (forfaitaire) | TNS | TNS | Assimilé-salarié |
| Cotisations (ordre de grandeur) | 21,2 % du CA (BIC) | ~35-45 % du bénéfice | ~35-45 % du bénéfice | ~70-80 % du net versé |
| Déduction des frais réels | Non | Oui | Oui | Oui |
| Imposition | IR (option VFL 1,7 %) | IR | IR ou IS | IS (option IR temporaire) |
| Plafond de CA | 83 600 € (2026-2028) | Aucun | Aucun | Aucun |
| Comptable | Facultatif | Recommandé | De fait nécessaire | De fait nécessaire |
| Chômage dirigeant | Non | Non | Non | Non |
Les taux de cotisations TNS et assimilé-salarié sont des ordres de grandeur : ils varient selon le niveau de revenu et les taux en vigueur. Pour un chiffrage précis, le simulateur de l’URSSAF reste la référence.
Alors, lequel choisir
Tout dépend de l’étape où vous en êtes.
Vous débutez, ou le VTC est une activité d’appoint. La micro-entreprise est presque toujours le bon choix. Vous n’avez pas encore de visibilité sur votre chiffre d’affaires, les démarches sont gratuites, et vous pouvez tester sans engager de frais de structure. Si vous hésitez encore sur les bases du régime, on détaille le sujet dans notre guide pour devenir auto-entrepreneur VTC. Refaites le point au bout d’un an, chiffres en main.
Votre activité tourne, avec des frais importants. Dès que vos charges réelles dépassent l’abattement forfaitaire de la micro (50 % du CA pour les prestations BIC), l’EI au régime réel mérite un calcul sérieux. Vous arrêtez de cotiser sur de l’argent que vous n’avez jamais gardé. Un comptable vous coûtera quelques centaines à un peu plus de mille euros par an, souvent compensés par l’économie de cotisations.
Vous avez un bénéfice stable et élevé, et vous pensez long terme. L’EURL à l’IS permet de piloter votre rémunération et de profiter du taux réduit à 15 %. La SASU va plus loin sur l’optimisation rémunération / dividendes et offre la meilleure protection sociale, au prix de cotisations lourdes et de coûts de fonctionnement plus élevés. À ce stade, le passage en société ne s’improvise pas : c’est la conversation à avoir avec un expert-comptable, pas avec un comparateur en ligne.
La seule erreur vraiment coûteuse, c’est de rester en micro par inertie alors que l’activité a changé d’échelle. Quelques milliers d’euros de cotisations inutiles par an, ça se voit vite.
Côté gestion, quel que soit votre statut
Le choix du statut ne dispense pas du suivi quotidien : chiffre d’affaires par plateforme, frais kilométriques, factures à conserver, échéances. DrivePal centralise vos courses, vos bons de réservation et vos factures, et vous garde une vue claire sur ce que vous encaissez réellement. Cette visibilité est aussi ce qui vous permet de repérer le moment où changer de statut devient rentable, parce que la décision se prend sur des chiffres, pas sur une intuition.
Sources
- Micro-entreprise : seuils de chiffre d’affaires (impots.gouv.fr)
- Évolution des taux de cotisations sociales des auto-entrepreneurs (urssaf.fr)
- Micro-entreprises, montant des cotisations sociales (economie.gouv.fr)
- L’impôt sur les sociétés, comment ça marche (economie.gouv.fr)
- Les seuils du régime micro-entrepreneur (bpifrance-creation.fr)
- Le régime social du micro-entrepreneur (bpifrance-creation.fr)
Mis à jour en mai 2026. Pour votre situation précise, consultez un expert-comptable.